A l'occasion de la troisième et passionnante Bouquinosphère, le 18 janvier dernier à Paris, lors du débat "Ecrire avec l'Internet", il est apparu que l'encre électronique peut permettre d'étudier cette question essentielle de l'évolution de l'écriture sur les nouveaux supports reinscriptibles et interactifs.L'auteur continuera-t-il à respecter les codes classiques, notions de page, de discours, de continuité, de construction pré établie, en intégrant à sa seule discrétion les possibilités qu'apporte le traitement numérique des contenus, ou ira-t-il vers le tout lien et le tout base de données, avec des références actualisées en permanence?
La tendance sur le livre électronique est à l'exploitation des possibilités du média, contenus à plusieurs niveaux de lecture, entrées multiples, accès à des contributions externes, voire à la disparition de la notion de page au profit de blocs pré organisés ou assemblés par le lecteur. Mais avec une approche toujours contrôlée par l'émetteur.
L'Internet bouleverse les choses. Des clés multiples vers des contributions, des auteurs, et des contenus changeants, et des bifurcations permanentes choisies par le lecteur.
D'un coté une écriture contrainte héritée du support classique, de l'autre des modes d'expression extrêmement divers sur un média qui, n'autorisant pas la lecture analogue au papier classique, ne peut en proposer les règles.
Les premiers livres sur dispositifs à base d'encre électronique donneront le ton, mais en plus de s'adapter à ce nouveau média, l'écriture devra se libérer des normes et contraintes techniques, économiques, et marketing du livre classique.
Si l'encre électronique communicante arrive bel et bien à maturité, ses possibilités sont loin d'être exploitées par les plate-formes et e-readers génériques que l'on trouve aujourd'hui sur le marché. Pire, la qualité d'exécution des contenus qu'ils autorisent est rarement à l'égal de celle sur papier, les dispositifs sont souvent mal commodes. Le plaisir du livre n'est pas au rendez-vous.
En terme de readers, les comparaisons tournent toujours autour de considérations techniques: formats supportés, mémoire, etc., laissant penser que le lecteur dispose de facto d'un environnement correct d'achat, de production et de consultation du livre, du journal ou des magazines. La réalité est toute autre.
Grande affluence aujourd'hui (250 professionnels du livre) à l'invitation de Livres Hebdo pour une matinée consacrée aux dispositifs à base d'encre électronique. Démonstrations de l'Iliad, du Cybook de Bookeen, du GeR2 de Ganaxa, du PRS505 de Sony, et présentation théorique rapide du service Kindle d'Amazon et de l'état de l'art des technologies et de leurs enjeux.